VOTRE BLASON EN 5 ÉTAPES
QUELQUES NOTIONS D'HÉRALDIQUE

1ère étape : L'écu
2e étape : Les émaux
3e étape : Les divisions de l'écu, les partitions et les pièces
4e étape : Les meubles
5e étape : Créez votre blason

Au XIIe siècle, les progrès de l'équipement rendent les chevaliers méconnaissables : leurs visages sont masqués par le haubert et le casque à nasal dont l'usage se répand de plus en plus. Il devient alors indispensable d'identifier les soldats par des emblèmes représentés sur les boucliers et les bannières. Ainsi sont nées les premières armoiries.
Qui, à l'instar de ces chevaliers, n'a révé de posséder un blason et de l'arborer fièrement ? Ensemble, dans ces quelques pages, nous allons vous apprendre à le créer, en respectant les règles de cette noble science : l'héraldique. Certes il est impossible de tout dire, mais avec l'essentiel, vous pourrez arriver à des résultats étonnants.

1ère étape : L'écu

C'est le support de votre blason. Il peut avoir plusieurs formes : la plus classique, qui découle de la forme du bouclier, est l'écu "ancien" en forme d'ogive renversée. On adoptera au XVIIe siècle l'écu dit "moderne" à base en forme d'accolade, plus facile à utiliser pour des compositions complexes. Un écu aux proportions harmonieuses doit avoir une hauteur équivalant à peu près aux 7/6 ou 8/7 de sa largeur.
Il est très facile de construire un écu ancien avec seulement une règle graduée et un compas. Il suffit de partir de la largeur de l'écu et de suivre les indications.
écu ancien écu moderne
Les jeunes filles portaient souvent un écu en losange. Au XVIIIe siècle se répand la mode des écus ovales accolés pour figurer les armes d'un couple.

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2e étape : Les émaux

On appelle ainsi les couleurs de l'écu. A partir de la fin du Moyen Âge, les hérauts d'armes se sont plus à leur attribuer une valeur symbolique déterminée : par exemple, l'azur devient symbole de loyauté. Dans les faits, le choix des couleurs répond surtout à des critères de mode collective ou de goût individuel, voire de symbolique personnelle.
Les émaux sont, en France, au nombre de 9, répartis en :
couleurs et métaux fourrures code des couleurs et métaux en gravure

Règle Nº1 : Les émaux ne s'emploient pas n'importe comment. On ne doit jamais superposer 2 métaux ou 2 couleurs ou 2 fourrures, car la visibilité des motifs en serait réduite. Toute erreur peut être fatale sur un champ de bataille ! Ainsi, il est bien plus facile de distinguer de loin, sur un champ de sinople, une croix d'or qu'une croix de sable. (On nomme "champ" le fond de l'écu sur lequel sont représentées les différentes figures du blason).
Les fourrures sont mises indifféremment sur les couleurs et les métaux.
Les armoiries qui dérogent à cette règle sont dites à enquerre, parce qu'il convient de s'enquérir des raisons de leur particularité : ainsi les armes de Godefroy de Bouillon, devenues celles de Jérusalem - d'argent à la croix potencée cantonnée de 4 croisettes, le tout d'or - vantent la prise de la ville sainte sur les musulmans en 1099.
On trouvera plus loin quelques exceptions à cette règle.

blason correct blason à enquerre blason à enquerre célèbre
les armes de Jérusalem

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3e étape : Les divisions de l'écu, les partitions et les pièces

Les divisions. Pour permettre de "localiser" une figure sur un écu, on a divisé celui-ci en 9 parties appelées points. Il faut savoir en outre que le blason est décrit comme étant sur l'écu porté par son propriétaire : donc la droite (ou dextre) pour celui qui le regarde est en réalité la gauche (ou senestre) pour celui qui le porte.

Les partitions. Pour augmenter les possibilités de composition ont été créées les partitions qui divisent le champ de l'écu. Les 4 principales sont le parti, le coupé, le tranché et le taillé. Leur nom rappelle les 4 coups d'épée donnés dans les combats. En combinant le parti et le coupé, on obtient l'écartelé. La combinaison du tranché et du taillé donne l'écartelé en sautoir et celle de l'écartelé et de l'écartelé en sautoir, le gironné.

A. Canton dextre du chef
B. Point du chef
C. Canton senestre du chef
D. Point du flanc dextre
E. Cœur ou abîme
F. Point du flanc senestre
G. Canton dextre de la pointe
H. Point de la pointe
I. Canton senestre de la pointe
AB : écu parti
CD : écu coupé
EF : écu tranché
GH : écu taillé
AB-CD : écu écartelé
EF-GH : écu écartelé en sautoir
AB-CD-EF-GH : écu gironné
les points de l'écu les partitions de l'écu

parti coupé tranché taillé écartelé écartelé
en sautoir
gironné

Règle Nº2 : Le blason, ce n'est pas qu'un dessin. C'est, avant tout, une description. On doit à partir d'un blasonnement être capable de dessiner des armoiries. Une bonne description vaut mieux qu'un mauvais dessin. Dans le cas des partitions, on commence toujours par nommer l'émail le plus haut et le plus à dextre. Ainsi, on dira parti d'argent et de gueules, ... écartelé aux 1 et 4 d'argent et aux 2 et 3 de gueules ... (les chiffres sur les dessins indiquent l'ordre dans lequel les émaux doivent être décrits).

Les pièces. Ce sont des figures géométriques dont les principales ont une largeur occupant au maximum le tiers de la largeur de l'écu.

chef fasce pal bande barre croix sautoir chevron
champagne bordure écusson quartier canton orle pairle pointe

La fasce, le pal, la bande et la barre, le chevron peuvent être rebattus, i.e. répétés. (A noter que si le champ de l'écu est divisé en fasces, pals, bandes, barres, chevrons ... en nombre pair, on obtiendra un écu fascé, palé, bandé, barré, chevronné de "n" pièces.) Lorsque leur largeur est nettement diminuée, elles portent des noms différents : la fasce devient une burèle ou divise, voire une trangle, le pal une vergette, la bande une cotice, un bâton, ou encore un filet, la barre une cotice en barre, un bâton en barre, une traverse (ou filet en barre).

de gueules
à 3 bandes d'argent
bandé (de 6 pièces)
de gueules et d'argent
burèle de gueules
trangle d'azur
bâton de gueules
vergette d'azur
brochant
(1) sur le tout
cotice de gueules
traverse d'azur
brochant
(1) sur le tout

(1) brochant : Se dit d'une figure qui couvre partiellement ou entièrement une ou plusieurs autres.

La croix peut revêtir divers aspects. Si elle ne touche pas les bords de l'écu, elle est dite alésée, épithète valable aussi pour les autres pièces. Voici quelques exemples parmi la multitude des croix.

ancrée de Lorraine de Malte de Saint André grecque latine fleurdelysée tréflée
pattée basque (2) de Toulouse tau

(2) On remarquera dans le cas de la croix basque qu'il y a superposition de 2 couleurs, ce qui est contraire à la règle Nº1. Le rouge et le vert étant les couleurs du Pays basque, il faut montrer dans le blasonnement qu'il ne s'agit pas ici d'une erreur, mais d'un choix volontaire. On décrira donc le blason ainsi : "de gueules à la croix basque cousue de sinople".
Ce terme de cousu est rare, sauf dans le cas d'un chef de couleur sur un champ de couleur (c'est le cas de nombreuses villes françaises, qui ont un champ de gueules sur lequel est cousu un chef aux armes royales d'azur aux fleurs de lys d'or). Le terme de "cousu" permet ainsi de contourner la règle… Attention, toutefois : seule une tradition bien établie peut autoriser de telles entorses !

Les lignes des partitions et des pièces peuvent être droites mais aussi ondées, bretessées, crénelées, bastillées, dentelées, engrêlées, cannelées ...

coupé ondé
au 1 d'argent
au 2 losangé
de gueules et d'or
fasce bretessée fasce crénelée fasce bastillée fasce dentelée fasce engrêlée fasce cannelée

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4e étape : Les meubles

Ce sont les figures qui peuvent occuper différentes positions à l'intérieur de l'écu, d'où leur nom. Ils sont d'une infinie variété, dans tous les domaines (surtout faune, flore, astres, mais aussi architecture, armes, vie quotidienne ...).

Les animaux.Les deux plus courants sont le lion et l'aigle, le premier, symbole du courage dont on retrouve une variante avec le léopard anglais, le second, qui deviendra au Moyen Âge le symbole de l'Empire germanique.
Le lion est représenté rampant, i.e. debout, de profil, pattes en avant comme s'il grimpait, toutes griffes dehors. Si certaines parties de son corps sont d'un émail particulier, on utilise des épithètes bien précises (cf. dessin). Le léopard est en réalité un lion passant, i.e. représenté comme s'il marchait, la tête de face, la patte avant droite levée.
L'aigle (au féminin en héraldique) est représentée de face, la tête de profil vers dextre, les ailes largement ouvertes, les pattes écartées.

d'azur au lion d'or
armé (griffes) d'argent
et lampassé (langue) de gueules
de gueules à 2 léopards d'or
armés et lampassés d'azur
(armes de la Normandie)
d'or à l'aigle de gueules
becquée de sinople,
lampassée de sable,
membrée d'azur et armée d'argent

On remarquera que les parties accessoires des figures (langue, griffes,...) font exception à la règle Nº1 d'interdiction de superposer 2 métaux ou 2 couleurs.
En règle générale les autres animaux sont représentés passants, la tête de profil tournée vers dextre, sinon ils sont dits contournés. Toute modification dans leur position doit être précisée.

cerf d'or
ramé d'argent
et onglé de sable
ours au naturel *
debout, onglé d'argent
(* i.e. dans sa forme
et ses couleurs naturelles)
agneau pascal vache de gueules
accornée d'argent,
encornée (ou onglée) de sable,
accolée (ou colletée) d'or
et clarinée d'azur
lévrier contourné d'argent
colleté d'azur
et bouclé de gueules

Les têtes peuvent être arrachées (la fourrure recouvre la coupure), coupées (coupure nette). Elles sont de profil sinon on les appelle rencontres.
Autres oiseaux : la canette, la merlette (oiseau sans bec ni pattes), l'alérion (aigle sans bec ni pattes).

tête de lion
arrachée
tête de chamois
coupée
rencontre
de bélier
canette merlette alérion demi-vol
(aile senestre)

Les poissons sont généralement représentés nageant, la tête vers dextre. Cependant le chabot (poisson-chat) est représenté en pal, vu de dos. Le dauphin (considéré comme un poisson !) et le bar sont aussi verticaux, incurvés. La coquille Saint-Jacques se dessine avec les oreilles vers le haut sinon elle est versée.
Parmi les animaux fabuleux, citons le dragon, le griffon et la licorne.

chabot bar dauphin coquille dragon griffon licorne

Les végétaux. Les astres.







trèfle palme rose croissant
chêne de sinople,
fûté de sable,
englanté d'or
gland pomme de pin quintefeuille soleil d'or
(il est représenté figuré,
sinon il est dit éclipsé)
étoile
(si elle a plus de 5 rais
ou branches, il faut
en préciser le nombre)

Autres meubles.
la fleur de lys,
emblème de la monarchie française.
Les héraldistes ne s'accordent pas
sur son origine :
iris pour les uns,
fer de lance pour les autres.
tour d'argent
maçonnée de sable,
essorée de gueules,
girouettée d'or,
ouverte de sinople
et ajourée d'azur
château épée d'argent
garnie d'or

(pointe en bas,
elle est dite versée)
clé
(position normale)

fer à cheval d'or
cloué de sable
molette d'éperon
de sable
cor d'or
embouché de gueules,
virolé d'azur,
enguiché de sable
et pavillonné de sinople
anille fer de moulin globe d'or
cerclé et cintré d'azur,
croisé d'argent
(L'anille est l'extrémité du tirant
qui tient le mur d'un bâtiment ;
le fer de moulin est l'armature
placée au milieu de la meule
et percée en carré pour recevoir le pivot)

billette besant d'or
(un besant
de couleur
s'appelle
un tourteau)
annelet losange mâcle rustre
ou ruste
(main) dextre
(appaumée)
de carnation
tête de maure
liée d'argent

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5e étape : Créez votre blason

Vous avez maintenant assez d'éléments pour vous lancer dans la confection de votre blason.

Quelles sont les pistes à suivre ? Il s'agit maintenant d'exploiter ces pistes. Attention, à propos de la province d'origine : lisez les conseils de Nicolas Vernot (à propos des allusions régionales).
Rappelez-vous aussi qu'un blason n'est pas un tableau. Plus il sera simple, plus il sera beau : 2 ou 3 émaux et 3 ou 4 figures au maximum sont largement suffisants. Vous trouverez d'autres exemples de meubles dans notre "glossaire héraldique", mais aussi en consultant l'excellent site anglais de cliparts www.heraldicclipart.com.

Supposons que vous vous appeliez Lecoq et que votre famille soit originaire du Languedoc, vos ancêtres étant, d'un côté, agriculteurs et, de l'autre, meuniers. Vous pourriez évidemment prendre un coq comme meuble principal afin de faire des armes parlantes, i.e. évoquant votre nom. Le Languedoc pourrait être rappelé par ses couleurs gueules et or, et les métiers de vos ancêtres par une gerbe et des fers de moulin. Ces métiers s'exerçant à la campagne, vous pourriez mettre la gerbe et les fers de moulin sur un fond de sinople. Il vous faut maintenant placer tout cela sur un écu en ayant en tête la règle Nº1 (interdiction de superposer métal sur métal et couleur sur couleur). Voici une proposition qu'il va falloir apprendre à blasonner, i.e. à décrire :

On énonce d'abord l'émail (ou les émaux) du champ, puis la pièce ou la figure (les pièces ou les figures) principales avec leur émail, leurs attributs, leur position. Ensuite on cite le chef, la champagne, la bordure ... avec leur émail et les figures qui les chargent. Ainsi, ces armes se décriront : parti d'or et de gueules au coq hardi d'argent crêté, barbé et membré de gueules brochant sur le tout ; au chef de sinople chargé d'une gerbe aussi d'or accostée de 2 fers de moulin d'argent.
Le terme hardi signifie que le coq a une patte levée. Lorsqu'un meuble est accompagné, de chaque côté, d'un autre meuble, on dit qu'il est accosté.
Remarque : Lorsque le champ est de métal et de couleur, la figure brochant peut indifféremment être de métal ou de couleur (exception à la règle Nº1). Ainsi le coq pourrait être aussi d'azur, de sinople ou de sable (à la rigueur de pourpre).

Autre possibilité : votre nom se décompose comme un rébus. Vous pouvez l'évoquer par plusieurs éléments. Ainsi, si vous vous appelez Montfaucon, vous dessinerez un faucon perché sur une montagne.

Dernier exemple : un blason faisant uniquement allusion à vos occupations préférées. Vous êtes sportif : ceinture noire de judo. Vous aimez aussi la lecture et les échecs. Vous pouvez mettre dans votre écu une fasce de sable (par sa position et sa couleur, elle rappelle la "ceinture noire"), 2 rocs d'échiquier (stylisation de la tour du jeu d'échecs), en chef, et un livre, en pointe. Ce qui donnera :

D'or à la fasce de sable accompagnée en chef de 2 rocs d'échiquier de gueules et en pointe d'un livre d'argent relié de sable.
(Le fait de relier le livre de sable évite l'enquerre entre l'argent et l'or.)

Comme vous le voyez, avec un peu d'imagination et quelques notions d'héraldique, on peut arriver à de belles réalisations.

Alors, au travail et bon courage !


Jean-Paul FERNON


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Pour en savoir plus :

Quelques ouvrages clairs :