ARGUMENTAIRE
POUR LE BLASON ET LES ARMOIRIES
DE LA FRANCE


par Jean-Yves PONS


Contrairement aux autres pays européens, la France ne possède qu'un seul emblème officiel : son drapeau tricolore bleu, blanc, rouge, ainsi qu'il est défini par l'article 2 de la constitution de la Cinquième République. Il est de ce fait chargé d'une force emblématique et symbolique considérable.

Non seulement il n'en a pas toujours été ainsi (la richesse du répertoire français d'emblèmes historiques étonne encore), mais on est en droit de s'interroger aujourd'hui sur un nouveau et profond besoin emblématique de nos concitoyens, confrontés à d'inquiétantes détériorations de notre tissu social et pour lesquelles le seul drapeau national ne suffit plus à réconcilier, enraciner et fédérer.

C'est pourquoi le temps nous semble venu de réfléchir au rôle favorable que pourrait avoir un emblème héraldique d'État sur la cohésion sociale de notre pays ainsi que sur son image dans la communauté internationale.


Au sein du riche patrimoine emblématique de la France (toute néo-conception nous paraissant ici chimérique sinon dangereuse) nous devons distinguer les FIGURES et les COULEURS.

LES FIGURES
Deux occupent très nettement le devant de la scène tant par leur ancienneté que par la force et la constance de leurs liens avec notre histoire :

la fleur de lis dont les origines artistiques, emblématiques et symboliques se perdent dans la nuit des temps, mais qui fut associée au Royaume, puis à l'État, et enfin à la Nation, du XIIe au XIXe siècles, partageant avec eux les périodes de gloire autant que les revers de l'histoire. Hélas, la Révolution française, dès l'abolition de la monarchie en septembre 1792, partit en guerre contre tout ce qu'elle considérât comme des attributs royaux et la fleur de lis en particulier qui fut considérée comme un "signe de féodalité" et une "marque d'esclavage". Il faut reconnaître qu'aujourd'hui cette vision réductrice des choses perdure dans bien des esprits chagrins, en contradiction avec les réalités historiques autant qu'héraldiques, mais permettant de cultiver sans peine des divisions politiques et sociales d'un autre temps.

le coq qui est sans doute le plus ancien emblème de la France (dont il a même précédé la naissance politique puisqu'il est associé à notre territoire et à ses habitants depuis l'époque gallo-romaine). Il a accompagné l'histoire nationale de façon ininterrompue jusqu'à nos jours et incarne à l'évidence l'unité et la continuité de la Nation depuis près de vingt siècles.

Hélas, le coq gaulois n'est pas toujours récompensé de sa fidélité historique. Même s'il a à plusieurs reprises figuré au sommet de la hampe de nos drapeaux il reste pour certains un "oiseau de basse-cour", un peu ridicule faces aux aigles, lions et autres léopards du bestiaire héraldique traditionnel. Et que dire de sa dimension chrétienne, si enracinée dans nos terroirs que nul ne peut imaginer le clocher d'une église de campagne sans son coq ?...

C'est oublier cependant à quel point ces considérations péjoratives ou idéologiques sont archaïques et injustes. On peut en effet tout autant parer le coq de vertus colorées, valorisantes ou consensuelles : beauté, fierté, lucidité, générosité, vigilance, bravoure, etc.. La plupart de nos rois autant que les républiques successives ne s'y sont pas trompés en associant de façon constante le coq à l'idée de Nation et au peuple de France. Le coq est en ce sens un emblème parfaitement polysémique, capable de répondre de ce fait au désir légitime d'unité nationale.

Sa place dans l'emblématique associative ou sportive du XXIe siècle en ferait si besoin la démonstration.

LES COULEURS
Depuis le XIIe siècle le bleu (azur) est la couleur de la France. D'abord la couleur familiale des Capétiens (alors qu'à l'époque moins de 10% des armoiries européennes comportent du bleu), il devint progressivement et irréversiblement la couleur de la monarchie puis de l'État et enfin de la Nation. Comme le coq, il a toujours fait l'objet d'un consensus et d'une réelle continuité. Qui douterait aujourd'hui qu'on parle des Français lorsqu'on évoque "les bleus" ?

Il est la première couleur du drapeau national, contre la hampe. Il a également toujours constitué le champ (fond) des écus portant les armoiries des régimes successifs (fleurs de lis de la monarchie, aigle des empires, charte de la monarchie de juillet, faisceaux de licteurs ou monogrammes des républiques, etc.).

Le jaune (or) a, par ailleurs, toujours été utilisé pour représenter l'emblème choisi par le pouvoir et figurant sur le champ de l'écu des armoiries : d'azur à trois fleurs de lis d'or, d'azur à l'aigle d'or empiétant un foudre du même, d'azur au monogramme RF d'or en sont autant d'exemples.

Le blanc et le rouge sont deux autres couleurs associées à l'emblématique nationale au cours du temps : souvent marque militaire et de commandement pour le premier, signe de ralliement rebelle ou révolutionnaire pour le second.


La réflexion que nous souhaitons concernant des armoiries pour la France devrait, à nos yeux, reposer sur les brèves données que nos venons d'évoquer et qui contiennent l'essentiel des arguments emblématiques nécessaires :

le coq nous semble pouvoir faire, aujourd'hui, l'unanimité tant de nos concitoyens que des personnalités scientifiques les plus compétentes dans les domaines de l'histoire, de l'emblématique et de la symbolique nationales ;

il nous parait souhaitable, dans une recherche d'unité nationale et de cohésion sociale trop souvent mises à mal par la rudesse des temps modernes, de nous souvenir de notre passé en sachant l'associer aux espérances du présent. Quel emblème pourrait, mieux que la fleur de lis des six siècles qui ont précédé la Révolution française, répondre à cette attente ? Sa judicieuse alliance héraldique au coq gaulois permettrait, à nos yeux, de nous élever enfin dans ce domaine au-dessus des préventions et des querelles idéologiques si nuisibles à notre pays ;

les couleurs qui pourraient être retenues pour ce projet s'imposent en réalité d'elles-mêmes ainsi que nous l'avons évoqué plus haut ;

enfin, le support de ces armoiries pourrait être certes un écu traditionnel mais dont on peut discuter l'actualité historique. Il pourrait tout autant (cet élément n'ayant jamais été l'objet de règles impératives dans l'histoire héraldique) se concevoir de façon plus moderne. Il pourrait en être de même de ce que l'on appelle les "ornements extérieurs".


Vincennes, 28 février 2004

à suivre ...